Vendre des médicaments au détail.

C’est l’un des débats qui revient régulièrement dans les médias et qui a été fortement évoqué récemment pendant la dernière campagne présidentielle de 2017. Sous l’idée de lutter contre le gâchis, les candidats poussent pour que la vente au détail des médicaments soit mise en place dans les pharmacies françaises. Ce sont des pratiques courantes dans beaucoup de pays comme aux Etats-Unis, le Canada, les Pays-Bas ou en Asie où soit votre prescription est envoyée directement au professionnel de santé, soit lorsque vous arrivez, vous devez patienter lorsqu’ils préparent vos plaquettes ou flacons à votre nom pour ensuite vous laisser repartir avec les instructions écrites sur une feuille de papier en complément d’une explication orale.

En France, lorsque vous vous rendez en pharmacie, vous repartez avec des boîtes de médicaments ou des flacons de sirop énormes pour votre traitement. Si ce traitement n’est pas un traitement antibiotique, ou dans le cas du sirop pour la toux, il peut vous arriver de ne pas prendre l’ensemble des pilules qui vous ont été prescrites. Ne jamais faire cela avec un antibiotique, les modes de délivrance ont été optimisés en fonction des posologies et temps qu’il vous reste une gélule ou un sachet de votre antibiotique, c’est que votre traitement n’est pas fini et il est nécessaire que vous le terminiez complètement ! Sinon, vous allez continuer à être malade et peut-être développer des super bactéries…

Donc, pas de délivrance à l’unité sauf dans des cas bien spécifiques, pensons aux pommades ou onguents, bien que cela se raréfie.

Globalement, l’Ordre des Pharmaciens est contre cette disposition pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la mise en place, cela demanderait un changement très important des méthodes de travail ainsi que des officines. Elles n’ont pas forcément l’espace nécessaire pour établir ces prescriptions personnalisées dans leurs locaux. Sans compter l’équipement comme un appareil qui compte les gélules. En effet, même s’ils font très attention, l’erreur dans le compte des pilules est existante et non négligeable. Il est donc nécessaire de s’équiper en fonction. Cela implique un investissement financier que des officines ne peuvent pas forcément se permettre. Les aides de l’Etat, s’il y en avait, ne seraient certainement pas suffisantes.

Mais, on peut penser qu’il n’y a pas si longtemps, le pharmacien lui-même faisait ses comprimés. Ceci est totalement vrai, les pharmaciens d’aujourd’hui ont tous suivi une formation leur permettant de fabriquer des médicaments en tout genre non seulement pour connaître le mode de fabrication mais surtout pour savoir comment le faire si jamais ils devaient aller vers l’industrie plutôt qu’en officine. Ainsi, les pharmaciens d’aujourd’hui n’ont plus l’habitude de faire leur propre comprimé, même si c’est une possibilité. L’idée est que la vente à l’unité n’est pas si vieille que ça. Quelques années au final.

De plus, les pharmaciens reprochent aux gouvernements successifs de vouloir faire des réformes sans faire de suivi. En effet, un tel changement demande de la préparation et la mise en place de protocoles respectant les normes qualités du Cofrac sont nécessaires. Et il est peu probable que le Ministère s’en inquiète ou s’investisse réellement dans ce changement. Ainsi, cette adaptation reposera entièrement sur les pharmaciens et leur ordre. A eux de respecter la loi si jamais elle devait finalement être mise en place.

Il faut comprendre le temps que cela va prendre, le coût engendré car si un préparateur est occupé à préparer des prescriptions, il y a une personne de moins pour conseiller et servir les autres clients de l’officine. Les pharmaciens évoquent donc, en plus d’une difficulté de sécurité, une démarche chronophage et chère pour le praticien, pas pour le client qui ne paiera pas plus, naturellement. Les officines sont déjà dans des situations compliquées financièrement. Il y a la concurrence des pharmacies low-cost qui se développe de plus en plus, internet où l’on peut acheter de plus en plus de produits, et les grandes surfaces qui essayent de percer le marché à coup de lobbying et de grandes campagnes publicitaires pour modifier les modes de pensée des clients.

L’inquiétude porte aussi sur la traçabilité. Comment serait fourni les médicaments aux officines ? S’ils sont fournis en vrac, on se pose devant une possibilité de contamination par d’autres comprimés similaires. Bien sûr, des protocoles seront mis en place pour éviter tout cela, mais, encore une fois, les pharmacies ne sont plus adaptées pour ce mode de vente. Et, les professionnels restent des humains, un comprimé blanc parmi des dizaines de comprimés blancs reste un comprimé blanc même si son dosage est plus faible par rapport aux autres.

Beaucoup de problèmes techniques se posent donc. Et ce n’est pas de la mauvaise volonté de la part des pharmaciens mais de réelles inquiétudes pour les patients. Leur but est de délivré un service de qualité dans un domaine où l’erreur peut être extrêmement grave.

Répondre à ces inquiétudes que dans d’autres pays c’est le cas et qu’on peut bien le faire est aussi très facile. Les formations, les protocoles, les lois et juste l’organisation des officines sont extrêmement différentes et ne se sont pas fait du jour au lendemain. Comme nous n’avons pas mis en place notre système de délivrance des médicaments par hasard. Cela demande un réel bouleversement des méthodes de travail des pharmaciens et aussi une éducation des patients via leurs médecins ( http://www.allo-medecin-garde.fr ). Tout cela, craignent-ils, leur reposerait sur les épaules. Et ils n’ont sûrement pas tort.

Cependant, tous ne disent pas non, comme dans tout débat. Le Ministère a donc mis en place une expérience pilote qui vise à ce que 200 à 600 officines testent la délivrance des médicaments à l’unité. Une centaine a répondu favorablement à l’appel mais l’expérience n’a pas encore été lancée. Ils sont d’accord avec la notion de lutter contre le gaspillage. Vous pouvez d’ailleurs rapporter vos médicaments non utilisés ou périmés à votre pharmacien plutôt que de les jeter dans la poubelle. Cela évite que les produits que les médicaments contiennent puissent se retrouver dans la nature, comme c’est le cas pour certaines hormones pour différentes raisons certes, mais les médicaments en sont un des participants.

Le débat de la délivrance à l’unité reste ouvert.